L'extraction de la pierre

Carrières-Saint-Denis, comme l'indique son nom, a été fondée en 1137 par l'abbé Suger afin d'exploiter la pierre de son sous-sol.

 

Ce calcaire grossier, la mer l'a déposé il y a 45 à 50 millions d'années.

 

 

 

La Grange Dîmeresse (ou Grange Dîmière) fut construite par les Bénédictins de Saint-Denis avec des pierres extraites sur place à Carrières.

Dans la partie d’origine, il existe un lavabo creusé dans de la pierre de liais (ou pierre de roche), un type de pierre très dure.

D’après Viollet le Duc, la basilique de Saint-Denis fut construite avec de la pierre de liais provenant de Carrières vers 1140.

La pierre était transportée par chaland sur la Seine jusqu’à Saint-Denis, ce qui confirme cette assertion. Le port aux pierres se trouvait à l’ouest, juste avant la rue de l’Abreuvoir, comme en témoignent les grosses pierres d’un ancien quai que l’on a retrouvées lorsqu’on rénova les berges de la Seine.

Les blocs de pierre étaient amenés par fardier jusqu'au Port de pierres à bâtir où ils étaient chargés sur des chalands.

Au cours des siècles, la plupart des maisons du village ont été construites avec les moëllons que l’on a extraits du sous-sol, à l’emplacement même de celles-ci.

Ces entrées de carrière de plain pied devinrent ensuite des « bauves », aménagées par les cultivateurs vignerons en écuries, granges ou caves à vin.

Bauve (entrée de carrière transformée en cave).

AUX XVIIEME ET XVIIIEME SIECLES, LES CARRIERES SE MULTIPLIENT

Le 18 janvier 1688, Simon Legrand, Nicolas Huet et Antoine Daubin, carriers ont conclu un marché, à savoir « tirer » de la pierre à bâtir pour les bâtiments du Roi, dans les carrières Duchesne pour le compte de Nicolas Gaultier et Jean Ballagny, marchands de pierres à Carrières.

En 1775, la pierre extraite de la carrière dite de « l’Abbé » (probablement du nom de l’abbé Claude Duchesne, prêtre du diocèse, à qui elle appartenait) ou des « Terrasses », servit à la construction du Pont de Neuilly, alors menée par l’ingénieur Perronet.

La plupart de ces anciennes carrières par piliers trournés furent mal extraites. Trop peu de piliers furent laissés, dégageant d'excessives portées entre les piliers qui firnirent par se fendre, provoquant l'effondrement par endroits des carrières. Ces effondrements s'appellent "fontis" ou "puisards".

 

L'INSPECTION GENERALE DES CARRIERES

C’est le 4 avril 1777 que fut créée l’Inspection Générale des Carrières de Paris. Néanmoins, il faudra attendre les décrets impériaux des 22 mars et 4 juillet 1813 pour remédier aux abus des exploitants de carrières. Les règles édictées sont strictes : seul le préfet peut accorder une autorisation d’exploitation ; l’exploitation souterraine est interdite à moins de 10 mètres des chemins à voitures ; les travaux d’exploitation doivent s’arrêter à un mètre d’une propriété voisine ; un puits ne peut être ouvert à moins d’une distance de 20 mètres d’un chemin ou d’une construction. Il doit être convenablement muraillé dans la traversée des terres meubles, y compris dans la masse de pierre, si cette dernière n’est pas suffisamment solide. Les échelles doivent être en bois de chêne sain et nerveux et en parfait état d’entretien.

Ces règles édictées seront suivie de l'arrêté préfectoral du 6 mai 1842, puis du décret du 25 mars 1868.

 

"Forme" (treuil d'extraction) dominant la plaine.

 

L’ESSOR DES CARRIERES SOUS LE BARON HAUSSMANN

Vers 1830-1840, des carrières à pierres tendres par puits sont ouvertes aux Alouettes et route de Saint Germain, au lieu-dit « la Plaine ». L’extraction et le commerce de la pierre prennent leur essor.

On dénombre l’ouverture de 15 carrières à pierre tendre entre 1842 et 1849.

A partir de 1850, commencent les grands travaux d’aménagement de Paris sous la houlette du baron Haussmann, suscitant une forte demande de pierres pour la capitale. Entre 1850 et 1870, 70 carrières seront ouvertes - 50 de pierres tendres et 20 de pierres dures.

En 1850, apparaît une demande pour de la pierre dure que l’on nomme à Carrières « pierre de roche », son véritable nom étant « pierre de liais ».

Ce banc de liais, d’une épaisseur variant entre 30 centimètres et 1 mètre, se trouve souvent au dessus des bancs de pierre tendre. C’est ainsi que, vers 1850-1860,  de nombreuses carrières, déjà exploitées pour leur banc de pierre tendre, présenteront simultanément deux niveaux d’extraction.

LE DECLIN DE L'INDUSTRIE DE LA PIERRE

La guerre de 1870 arrête net l’essor des constructions à Paris et par conséquent l’exploitation de la pierre à Carrières ; elle reprendra en 1874, et connaîtra un nouvel essor jusqu’en 1890, date à laquelle se tarit l’extraction de la pierre dure dans de nombreuses carrières. L’extraction de la pierre de liais s’est arrêtée vers 1900 et on n’exploite plus principalement que la pierre tendre.

Il reste moins de dix marchands carriers, en 1920, il n’en reste plus que deux.

A partir de 1930, les techniques de construction évoluent, et le parpaing de mâchefer, puis de ciment, la brique et le béton armé remplacent la pierre de taille. Les derniers carriers furent Monsieur Maurice Sarazin et son gendre Monsieur Jean Barillon : ils ont tiré la pierre jusqu’en 1984.

En 1952, trois exploitants tiraient encore 16 000 m3 de pierre et de moëllons. L’exploitation de la pierre à bâtir s’est effectuée sur une superficie de 170 hectares : un tiers du territoire de la commune aura ainsi été fouillé.